L'Université dans la ville
À sa création par Guillaume d'Orange en 1817, l'Université de Liège s'installe dans l'ancien collège des jésuites wallons, place du 20-Août, qu'elle agrandit bientôt (Salle académique, 1821). Dans les décennies suivantes, la dissémination des bâtiments reflète la croissance bâtie de Liège consécutive à la Révolution industrielle. Les implantations restent centrales aux alentours des années 1890, avec notamment la construction du bâtiment-symbole de l'Université sur la place du 20-Août (1892). Dans les années 1930, les implantations au Val Benoît attestent que la ville a « éclaté » et qu'elle se développe en zone péri-centrale. Avant la décision du transfert, près de 70 bâtiments universitaires sont éparpillés dans la ville.Frankignoulle P., « Le transfert de l'Université de Liège au Sart-Tilman. Aperçu historique », dans Henrion P. (dir.), Le domaine universitaire du Sart-Tilman, Carnets du Patrimoine n° 16, 1996, p. 4-5.
Un éperon forestier entre Ourthe et Meuse
Le site du Sart Tilman occupe un éperon forestier entre les vallées de l'Ourthe et de la Meuse, annonçant le paysage ardennais. Épargné par l'industrialisation du XIXe siècle, il avait suscité l'intérêt immobilier dès les années 1930. Alors que la situation devient critique, de nombreux projets de regroupement en milieu urbain sont débattus (Cointe, Bavière, Saint-Léonard, Citadelle), mais tous se heurtent à la cherté et à la rareté des terrains. Le choix du Sart Tilman est le résultat de ce que Frankignoulle appelle une « convergence de préoccupations » : une université en quête d'espace, des pouvoirs publics soucieux depuis le début du siècle de garantir au massif forestier une vocation publique, et des promoteurs immobiliers conscients de la plus-value à venir. Et, dans le rôle d'un catalyseur, l'action volontariste du recteur Marcel Dubuisson, qui œuvre sur un terme long, de 1953 à 1971. En 1956, le Groupe L'Équerre propose l'installation de l'Université sur ce site dans son plan d'aménagement de la région liégeoise.Frankignoulle P., op. cit., p. 4-5 ; Guides d'architecture en Wallonie-Bruxelles, notice « Site de l'Université de Liège, campus du Sart-Tilman (ensemble) », guides.archi, s.d.
La crise des constructions universitaires
Le 1er octobre 1953 marque un tournant dans l'histoire de l'Université de Liège. Deux lois entrent simultanément en vigueur : la première, dite improprement « loi d'autonomie », délègue à un Conseil d'administration des pouvoirs inédits ; la seconde, la loi du Fonds des Constructions scolaires et universitaires de l'État, octroie aux universités d'État un budget annuel pour la construction ou l'amélioration de leurs bâtiments. Toutefois, les études, l'exécution et la surveillance des travaux restent de la compétence exclusive du Département des Travaux publics.Dubuisson M., La Reconstruction de l'Université de Liège au Sart Tilman, Liège, H. Vaillant-Carmanne, 1961.
La situation qui précède 1953 est critique. Aucun bâtiment nouveau n'a été construit à l'Université de Liège depuis 1890, hormis les trois grands instituts du Val Benoît édifiés entre 1931 et 1937 grâce à des crédits spéciaux obtenus par l'administrateur-inspecteur Marcel Dehalu et à l'établissement d'un bureau technique confié au professeur Fernand Campus. La guerre de 1940-1944 met fin au programme qu'avait imaginé Dehalu, et l'après-guerre n'apporte aucune modification de la situation, si ce n'est la nécessité de réparer les dégâts importants subis par le Val Benoît.Dubuisson M., op. cit.
Durant son rectorat, de 1950 à 1953, le professeur Campus attire à plusieurs reprises l'attention de l'opinion publique sur la gravité de la situation. À la fin de 1952, selon le recteur Dubuisson, « les locaux parce que mal adaptés, insuffisants et souvent insalubres n'abritent même plus normalement les activités courantes ». Dans un rapport intitulé « Le voyage à Bristol », qui constitue en quelque sorte son testament rectoral, Campus plaide une nouvelle fois l'urgente nécessité de réaliser un plan de construction. Avec l'administrateur-inspecteur Horion, il fait des efforts considérables pour obtenir que les droits du maître de l'œuvre soient reconnus à l'Université dans la loi de 1953. Ces efforts échouent en dernière minute.Dubuisson M., op. cit.
Le rectorat Dubuisson et l'impasse urbaine
L'accession de Marcel Dubuisson au rectorat coïncide avec la mise en place du nouveau régime. Son équipe s'attelle d'abord à « colmater les brèches » : achèvement de la rénovation de l'Institut de Zoologie du quai Van Beneden, construction du bâtiment d'Hydraulique fluviale annexé à l'Institut du Génie civil au Val Benoît, mise en chantier du nouvel Institut de Philosophie et Lettres à la place Cockerill, aménagements aux instituts de Chimie et de Physique du quai Roosevelt, transformations à l'Institut de Pharmacie rue Fusch, reconstruction des serres de l'Institut de Botanique détruites pendant la guerre, extension de l'Institut d'Astrophysique à Cointe et des services cliniques à l'hôpital de Bavière.Dubuisson M., op. cit.
L'ampleur du défi est considérable. La population universitaire, d'environ 1 500 étudiants à la fin du XIXe siècle, approche des 5 000 en 1953, alors que presque tous les bâtiments, hormis ceux du Val Benoît, sont dans le même état qu'au siècle précédent. Les études statistiques prévoient pour 1970 une population de 10 000 étudiants. L'objectif est d'accueillir cette population, de 3 000 à 5 000 enseignants, chercheurs et techniciens, et de parvenir à loger environ 30 % des étudiants.Dubuisson M., op. cit.
Les tentatives de reconstruction en centre-ville se heurtent à des obstacles majeurs. La reconstruction de la Faculté de Médecine près de l'hôpital de Bavière nécessiterait l'expropriation de terrains sur le boulevard de la Constitution, pour un coût estimé à 115 millions de francs, avec seulement 3 hectares disponibles et aucune possibilité d'extension future. Au Val Benoît, les terrains encore disponibles pour les Sciences appliquées se révèlent trop exigus. La Faculté de Philosophie et Lettres, à peine reconstruite à la place Cockerill, est déjà insuffisante. Les professeurs de Droit sont logés dans des appartements loués rue Charles Magnette.Dubuisson M., op. cit.
C'est devant cette situation, qualifiée de « presque dramatique » par le recteur Dubuisson, que l'Université décide en 1958 de demander au Gouvernement l'acquisition d'une partie des forêts du Sart Tilman.Dubuisson M., op. cit.
L'acquisition du domaine
Les événements se précipitent. Le 19 juin 1958, un arrêté royal consacre l'existence du Service d'Études techniques de l'Université de Liège, créé en 1954, et lui confie les travaux de transformations, d'aménagements et de constructions nouvelles. Toutefois, les adjudications, le choix du soumissionnaire, l'exécution et la réception des travaux restent hors de portée de l'Université.Dubuisson M., op. cit.
Le 11 mars 1959, l'acte d'acquisition est signé : l'Université acquiert un premier domaine au Sart Tilman à la société immobilière Bernheim, qui vouait ses propriétés au lotissement. On s'aperçoit alors que les Sciences appliquées et la Médecine ne pourront s'étendre sur leurs sites respectifs (Val Benoît et Bavière) : il y a donc lieu d'envisager le transfert total au Sart Tilman.Frankignoulle P., op. cit., p. 5. Les sources divergent sur la superficie initiale : Dubuisson (1961) indique 174 ha, Frankignoulle (1996) mentionne 172 ha, le Groupe L'Équerre avait proposé 176 ha.
Le Le 13 janvier 1960, le Conseil d'administration définit les grandes étapes de la reconstruction et arrête un plan de dix ans. Un « livre blanc » est publié et largement diffusé. Le 1er août 1960, une loi confère enfin la maîtrise de l'ouvrage aux universités d'État et augmente la dotation du Fonds des Constructions, portée à 4 milliards de francs à répartir entre 1961 et 1971. Le domaine s'étend progressivement jusqu'à atteindre 560 hectares, acquis pour une somme à peine supérieure à ce qu'aurait coûté l'expropriation des 3 hectares du boulevard de la Constitution.Dubuisson M., op. cit.
Les études préalables
Plutôt que d'ériger immédiatement un bâtiment à un emplacement « plus ou moins approprié », l'Université fait le choix d'une étude complète du territoire, avec pour principe de ne faire « aucun geste préalable qui pourrait être regretté ». Les dispositifs nécessaires sont progressivement mis en place : un département administratif des bâtiments confié à M. Schlitz, un conservateur-régisseur du domaine, M. Gathy, qui établit des pépinières pour enrichir la forêt, et des bureaux de programmation dans chaque faculté. Le professeur Louis est désigné délégué du Conseil d'administration pour les problèmes techniques, le professeur Desreux pour la programmation.Dubuisson M., op. cit.
Une campagne d'études scientifiques d'une ampleur remarquable est lancée. Les professeurs Calembert et Macar entreprennent les études géologiques et géomorphologiques. M. Bourguignon se charge de la pédologie. Le professeur Darimont et M. Lambinon étudient la végétation, avec le concours du géographe Collart. Les études hydrologiques sont menées par le professeur Sine (Gembloux) et le Service d'Hydraulique fluviale des professeurs Campus et Spronck. La pollution est étudiée par le professeur Heusghem. L'Institut royal météorologique installe une station primaire au Sart Tilman. Le Conseil scientifique des sites naturels du Sart Tilman, présidé par le professeur Bouillenne, est créé pour coordonner l'ensemble et déterminer les biotopes à sauvegarder.Dubuisson M., op. cit.
Le principe fondamental qui se dégage de ces études est que les bâtiments ne seront implantés que sur les sols dégradés, préservant ainsi le massif forestier que Dubuisson qualifie de « dernier bastion contre la pollution atmosphérique et l'envahissement progressif des lotisseurs ».Dubuisson M., op. cit.
Le plan de zoning et la première tranche
Le 12 juillet 1960, le Conseil d'administration approuve un plan de zoning général. L'étude initiale, entreprise par le Groupe L'Équerre, est poursuivie et achevée avec la collaboration du groupe TECNE, du Service d'Études techniques de l'Université et de Claude Strebelle, désigné comme architecte-coordinateur général des nouvelles constructions. Le plan tient compte du relief du sol, des zones à protéger et des relations fonctionnelles entre les différents instituts. Il intègre également le détournement de la route du Condroz (N63), rendu indispensable par les interconnexions entre la Faculté des Sciences appliquées et la Faculté des Sciences.Dubuisson M., op. cit. Les sources divergent sur la date de désignation de Strebelle : Dubuisson (1961) implique une désignation avant le plan de zoning de juillet 1960 ; Durand (1995) mentionne 1961 ; Frankignoulle (1996) indique 1965 ; le site culture.uliege.be avance 1961 pour le plan et 1965 pour la nomination officielle.
En juillet 1961, le Conseil d'administration lance une première tranche de construction d'un milliard de francs. Elle est consacrée à l'implantation de l'Institut des serres et jardins botaniques, de l'Institut d'éducation physique et des plaines de sports, des instituts de chimie, de physique et d'électrotechnique Montefiore, de homes et restaurants d'étudiants et d'une centrale thermoélectrique. L'ensemble doit être achevé en 1967. Outre Strebelle, les architectes désignés pour cette première tranche sont Roger Bastin, Charles Vandenhove, Jean Maquet, Pierre Humblet, André Jacqmain et le Groupe EGAU.Dubuisson M., op. cit.
La programmation des instituts est confiée à un organisme néerlandais, le « Bureau voor het Samenstellen van Bouwprogramma's » (B.S.B.), tandis que celle de l'hôpital universitaire est confiée au Centre International d'Études Techniques (C.I.E.T.) de Paris. Les études techniques sont assurées par le « Groupe d'étude UNISART », constitué par la fusion de plusieurs bureaux d'études (B.E.I., SOFINA, ELECTROBEL, ELECTRORAIL, TRACTION ÉLECTRIQUE et B.E.N.). Architectes et bureaux d'études œuvrent dans des locaux construits à leur intention sur le plateau du Sart Tilman, tandis que la construction des routes intérieures a commencé.Dubuisson M., op. cit.
Le transfert est prévu par tranches successives, l'ordre des constructions étant conditionné par la chronologie des besoins. La Faculté des Sciences reçoit la première priorité en raison de la vétusté de ses bâtiments et du nombre d'étudiants qui la fréquentent. Doit suivre un hôpital exclusivement universitaire de 900 lits, complémentaire de l'hôpital de Bavière. Puis viendront les instituts de Sciences minérales, de Paléontologie, de Géographie, les installations des Sciences appliquées, de la Pharmacie, de l'Astronomie, de l'Astrophysique, des Sciences précliniques, l'Administration générale, la Bibliothèque centrale, les facultés de Droit et de Philosophie et Lettres. Le coût total de la reconstruction est estimé à plus de 4 milliards de francs.Dubuisson M., op. cit.
L'Université décide de documenter cette entreprise en réalisant un film et en éditant un périodique, les *Cahiers du Sart Tilman*, destinés à retracer les étapes du projet. Dubuisson insiste sur le lien indissociable entre le nouveau campus et la ville : « L'Université au Sart Tilman, c'est, encore et toujours, l'Université de Liège. »Dubuisson M., op. cit.
L'expérience FULREAC
Lorsque le recteur Marcel Dubuisson prend contact avec l'architecte Claude Strebelle en 1950, la perspective d'un transfert au Sart Tilman est déjà tracée, les premiers terrains déjà achetés, les études préliminaires déjà engagées. Reste à doter le projet d'un architecte-coordinateur susceptible d'établir un plan urbanistique d'ensemble et capable de fédérer les énergies créatrices des architectes qui seront engagés, dans le respect du site naturel et la conscience des nécessités techniques d'une université.Durand P., « La formation du Sart Tilman. Entre utopie et réalité : genèse du campus », Le Magazine Liège Université, 1995, p. 14.
Le premier trait d'union entre Dubuisson et Strebelle est le Congo. Depuis 1956, l'Université de Liège développe au Katanga une Fondation destinée à promouvoir la recherche scientifique, l'enseignement, l'assistance médicale, sociale et culturelle en Afrique centrale (FULREAC). L'un des principaux projets prend la forme d'un village expérimental installé à Mangombo, à 100 km d'Elisabethville. Dubuisson confie à Strebelle ses ambitions pour le Sart Tilman.
L'homme qui va donner forme à nos rêves, poursuit M. Dubuisson, c'est au Congo que je le trouve. Je ne suis pas le moins du monde déterminé à choisir un architecte ayant travaillé en Afrique mais peut-être, dans mon subconscient, une relation s'établit-elle entre Sart Tilman et Katanga.
Marcel Dubuisson, cité par Pascal Durand.Durand P., op. cit., p. 14.
Du village pilote au campus
Dès 1961, le Conseil d'administration de l'Université adopte à l'unanimité le plan d'urbanisation exposé par Claude Strebelle avec H. Louis et V. Desseaux. L'architecte passe aux commandes de la planification urbanistique du Domaine. Dans l'esprit du recteur et de son architecte-coordinateur, il ne s'agit pas d'effectuer un simple transfert de l'Université, mais plutôt, selon le terme qu'ils ont tous deux adopté, une « reconstruction », pensée et organisée suivant leur conception commune d'une Université à la fois moderne et fidèle à ses principes fondateurs.Durand P., op. cit., p. 14-15.
En 1962, huit pavillons de l'« Atelier du Sart Tilman » sont inaugurés, où les architectes logisticiens travailleront sur le site. En 1963, le château de Colonster est acquis. Strebelle est nommé architecte-coordinateur, assisté du Groupe EGAU, composé d'E. Bardin, F. C. Bonhôte, A. Jacqmot, J. Mogui et Ch. Vandenhove. H. Lacoste et J. Opdenberg rejoindront l'équipe plus tard pour la restauration du château de Colonster.Strebelle Cl., encadré « Moments », Le Magazine Liège Université, 1995, p. 15.
Inauguration et développement
Le 6 novembre 1967, les premiers bâtiments sont ouverts, à l'occasion du 150e anniversaire de l'Université. Les premières réalisations comprennent les amphithéâtres, les bâtiments de Physique, de Chimie et de Botanique, l'Institut d'Éducation physique, les services techniques, le poste central de commande, ainsi qu'un restaurant avec son centre culturel.Strebelle Cl., op. cit., p. 15 ; Guides d'architecture, op. cit. (date précise du 6 novembre).
Le plan d'urbanisation adopte la forme d'un fer à cheval autour de la vallée abrupte et encaissée du Blanc-Gravier, préservée. Les bâtiments sont localisés là où la végétation est dégradée, essaimés sur le site et reliés par des passages et des sentiers. Le caractère forestier du Domaine est protégé, et l'ensemble est adapté à la division par facultés et instituts.Guides d'architecture, op. cit. ; Durand P., op. cit., p. 15.
Fondé en 1977, le Musée d'art contemporain en plein air du Sart Tilman est le fruit d'une collaboration entre l'Université de Liège et le Ministère de la Culture, ensuite relayé par la Communauté française de Belgique. Le musée développe une collection qui compte aujourd'hui plus de 110 pièces, représentatives de l'histoire de la sculpture contemporaine de plein air en Belgique francophone.Musée en Plein Air du Sart Tilman, museepla.uliege.be, s.d. Strebelle (1995) mentionne 1971, qui correspond probablement aux premières initiatives avant la fondation officielle de 1977.
Fin de mission de Strebelle et Grand Projet
Claude Strebelle est déchargé de sa mission d'architecte-coordinateur et transmet le flambeau au professeur Jean Englebert.Les sources divergent sur la date : les Guides d'architecture (guides.archi) indiquent 1982 ; Strebelle lui-même (Le Magazine Liège Université, 1995) mentionne 1985.
En 1972, par différentes acquisitions dont le Bois de Nomont, les pouvoirs publics se rendent propriétaires de 1 000 hectares du massif. Cette décision est capitale car elle autorise la protection de l'intégrité naturelle des 2 000 hectares du Sart Tilman, ne limitant pas cette protection aux seuls terrains détenus par l'Université. En 1980, la Faculté de Droit est transférée au Sart Tilman.Frankignoulle P., op. cit., p. 5.
En 1985, le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) est officiellement inauguré. Le « Grand Projet », comprenant le Rectorat, les services administratifs généraux, la Bibliothèque générale et la faculté de Philosophie et Lettres, débute en 1989. La même année, la décision est prise de maintenir certains services administratifs sur le site historique de la place du 20-Août. En 1991, l'Université de Liège est déclarée propriétaire à part entière de ses biens, lui permettant de mener une véritable politique immobilière, notamment de valoriser ses biens fonciers au centre-ville. En 1993, la Région wallonne reprend le réseau routier du Sart Tilman dans la perspective de son intégration au réseau régional. En 1996, le schéma directeur est élaboré et les adjudications lancées pour le projet de « Liaison Village ».Strebelle Cl., op. cit., p. 15 ; Guides d'architecture, op. cit.
Un modèle à part
Le transfert, considéré comme le « dernier grand chantier liégeois », porte indubitablement la marque des *golden sixties* et de leur optimisme en matière de développement urbain. Un commentateur a parlé de « miracle liégeois » pour évoquer la création d'objets architecturaux qui recherchent l'intégration à la nature. Le Sart Tilman est souvent comparé à un autre grand chantier universitaire, la ville nouvelle de Louvain-la-Neuve. Selon l'historien Pierre Frankignoulle, il s'agit en fait de deux modèles radicalement différents : d'un côté un domaine dilué dans la nature, de l'autre un plan masse densificateur visant l'osmose de la ville et de son université.Frankignoulle P., op. cit., p. 4-5.
Le site est aujourd'hui fréquenté par de très nombreux non-universitaires, promeneurs et sportifs, mais peu de contacts ont lieu avec les universitaires : les espaces-temps de ces différentes catégories d'utilisateurs ne coïncident pas. Nonobstant le rôle qu'elle s'assigne dans la « société globale », l'Université reste indissociablement liée à la Cité qui l'a vue naître.Frankignoulle P., op. cit., p. 5.
Bibliographie
- Dubuisson M., La Reconstruction de l'Université de Liège au Sart Tilman, Liège, H. Vaillant-Carmanne, 1961.
- Frankignoulle P., « Le transfert de l'Université de Liège au Sart-Tilman. Aperçu historique », dans Henrion P. (dir.), Le domaine universitaire du Sart-Tilman, Carnets du Patrimoine n° 16, 1996, p. 4-5.
- Durand P., « La formation du Sart Tilman. Entre utopie et réalité : genèse du campus », Le Magazine Liège Université, 1995, p. 14-15.
- Guides d'architecture en Wallonie-Bruxelles, notice « Site de l'Université de Liège, campus du Sart-Tilman (ensemble) », guides.archi, s.d.
- Strebelle Cl., encadré « Moments » et notice biographique, Le Magazine Liège Université, 1995, p. 15.