La chapelle provisoire
L'histoire de l'église Saints-Pierre-et-Paul est étroitement liée à celle de la Cité de Droixhe. La construction d'un lieu de culte au sein du complexe a été envisagée dès l'origine du projet. Bien que le Groupe EGAU soit composé de trois architectes, la conception de l'église est confiée à Jules Mozin, chaque membre du bureau se chargeant de la conception d'une partie du complexe.Arabate S., Quel avenir pour l'église Saints-Pierre-et-Paul de Droixhe ?, mémoire de master en architecture, Université de Liège, 2018, p. 15.
Les logements devant être livrés avant l'église, et l'opération s'étalant sur plusieurs années, les autorités ecclésiastiques décident, en accord avec l'Administration communale, de construire une chapelle provisoire. Implantée sur un site distinct de celui de l'église projetée, elle est conçue pour être démontée à l'achèvement de celle-ci. Sa nef en forme de demi-cylindre est réalisée au moyen d'une charpente métallique tubulaire en acier galvanisé, habituellement utilisée pour la construction de hangars démontables. Le reste de l'édifice est en blocs Ytong laissés apparents. Malgré l'utilisation de matériaux peu nobles (polyester ondulé, plexiglass), l'édifice comprend un porche d'entrée, un narthex, des fonts baptismaux, une sacristie et une salle de catéchisme. Il a coûté près de 800 000 francs, dont une partie est récupérable, et pouvait accueillir 300 fidèles.« Chapelle provisoire du nouveau quartier de la Plaine de Droixhe », La Maison, février 1961, p. 60-61 (cité par Arabate, op. cit., p. 15-16).
Il est clair que les architectes du Groupe E.G.A.U. étaient bien pénétrés de cette vérité que la simplicité n'est pas la pauvreté et qu'à l'aide de moyens très simples, très actuels, on peut faire de la beauté. La leçon franciscaine d'authenticité, de réalisme spirituel et de pureté trouve ici une application sympathique et qui plairait, sans nul doute, à Le Corbusier.
La Maison, février 1961.La Maison, février 1961, p. 61 (cité par Arabate, op. cit., p. 16).
Une église au pied des tours
Vers 1955, Jules Mozin commence à s'intéresser à la forme et au fonctionnement programmatique de l'église définitive. L'emplacement est stratégique : en bordure du parc central du quartier, dans la continuité de l'allée principale qui relie les bâtiments de l'avenue de la Croix-Rouge. Haute de seulement 12 mètres, l'église ne pouvait rivaliser avec les tours d'habitation voisines qui atteignent 70 mètres. De ce fait, la toiture, visible depuis les immeubles environnants, devient un élément esthétique majeur.Arabate S., op. cit., p. 17 ; « Église des Saints-Pierre-et-Paul, à Liège (Belgique) », La technique des travaux, n° 348, 1974, p. 150.
L'édifice n'est pas destiné exclusivement aux rites chrétiens. Dès sa conception, il est pensé pour accueillir concerts, conférences, représentations théâtrales et chorégraphies. Cette polyvalence est permise par la sobriété architecturale de l'ensemble. En 1972, l'église est achevée avec une capacité de 800 à 1 000 personnes. Elle accueille des célébrations catholiques, des rites syriaques catholiques, des arméniens protestants et des célébrations œcuméniques.Arabate S., op. cit., p. 17.
L'architecte Jules Mozin
Jules Mozin est un architecte liégeois né le 25 août 1914 et décédé le 6 juin 1995. Diplômé de l'Institut Saint-Luc de Liège, il intègre en 1944 le Groupe EGAU, fondé par Charles Carlier (1916-1993) et Hyacinthe Loest (1913-1983) en 1940. Les réalisations du groupe s'inscrivent dans le courant de la reconstruction d'après-guerre et innovent sur le plan constructif et matériel.van Loo A. (dir.), Dictionnaire de l'architecture en Belgique de 1830 à nos jours, Fonds Mercator, 2003 ; GAR, notice « EGAU », gar.archi.
Les églises en béton de l'arrondissement de Liège
L'église Saints-Pierre-et-Paul s'inscrit dans une tradition locale remarquable. Dans l'arrondissement de Liège, neuf églises paroissiales intègrent le béton (coulé sur place ou préfabriqué) comme élément de construction principal. Sept d'entre elles prennent place dans la commune de Liège : l'église Saint-Vincent (1930), l'église du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Lourdes, Saint-Hubert, Sainte-Julienne, Saint-Georges, Saints-Pierre-et-Paul et Saint-François-de-Sales (1991). L'église Sainte-Vierge-Marie se situe à Vaux-sous-Chèvremont (commune de Chaudfontaine) et l'église Saint-Martin a été construite à Ougrée (commune de Seraing).Courard L. et al., « Histoire des ouvrages religieux en béton en province de Liège : état des lieux et pathologies », 2011.
Structure et toiture
Âme d'une cité neuve aux lignes hardies, la Maison de Dieu devait être résolument contemporaine, réalisée avec le matériau du XXe siècle, le béton armé [...]. Rappelant la forme d'une tente, [la toiture en voiles plissés minces en béton autoportant] est supportée par des béquilles en béton armé qui en figureraient les cordages [...].
Jules Mozin, notes manuscrites conservées au GAR, fonds EGAU.Cité par « Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul (Liège) », Wikipédia, consulté le 21 mars 2026.
L'édifice mesure 45 mètres de long et 33 mètres de large. Composé de verre et de béton, il est couvert d'un grand toit plissé soutenu aux quatre coins par de gros piliers et, le long des façades latérales, par des supports en béton en forme de V. La toiture, constituée de voiles en béton plissé d'une épaisseur de 10 centimètres et recouverts d'ardoises, est autoportante et permet de dégager la nef de toute structure intérieure. Elle repose sur deux rangées de colonnes-béquilles disposées le long de la nef et distantes de 35 mètres.Folcque S., Architecture et archives numériques [...] à travers l'église des Saints Pierre et Paul à Droixhe, mémoire, Université de Liège, 2015 ; Gillard A., Inventaire et analyse de l'état des églises paroissiales en béton dans l'arrondissement de Liège, mémoire, Université de Liège, 2010.
Le chauffage d'origine utilisait la vapeur de la centrale électrique de la Cité, comme les tours d'habitation voisines. Il a été entièrement modifié depuis la disparition de la Centrale. Des résistances électriques intégrées dans la toiture sont mises en service en cas de très basse température pour éviter la formation de glace.Folcque S., op. cit.
Les façades
Les surfaces vitrées sont très importantes. La façade nord est entièrement vitrée et prolongeait à l'origine le regard vers un plan d'eau aménagé sur le côté gauche de l'édifice (aujourd'hui vidé). La façade sud est moins perméable à la lumière : des pans de béton hauts de trois mètres sont séparés par des baies verticales. La façade est, face au parc, se développe sur deux niveaux et est composée de panneaux triangulaires en béton préfabriqué.Gillard A., op. cit. ; Arabate S., op. cit., p. 17 ; Folcque S., op. cit.
Le rez-de-chaussée est organisé en plan libre, partagé entre la nef, le chœur et la chapelle de semaine, aménagée en raison de la grande superficie de l'édifice. En sous-sol, sur une surface correspondant à celle du chœur, se trouvent des locaux servant de salles de réunion, de salle de catéchisme et de locaux pour les œuvres et groupements paroissiaux.Folcque S., op. cit.
La paroisse et son évolution
La paroisse Saints-Pierre-et-Paul naît en 1959. Elle ne dispose pas immédiatement d'un lieu de culte : les offices sont d'abord célébrés dans la chapelle provisoire, puis dans la salle des fêtes et les sous-sols de la Porte Ouverte, en attendant l'achèvement de l'église en 1972.Folcque S., op. cit.
La paroisse fait aujourd'hui partie de l'Unité Pastorale « Notre-Dame des Ponts aux rives d'Outremeuse », qui regroupe six paroisses. Des tournantes sont organisées dans les différentes églises du groupement. Des réunions d'associations ont lieu dans les sous-sols de l'édifice et différents événements culturels se déroulent dans l'espace principal de l'église.Folcque S., op. cit.
Bibliographie
- Arabate S., Quel avenir pour l'église Saints-Pierre-et-Paul de Droixhe ?, mémoire de master en architecture, Université de Liège, 2018.
- « Chapelle provisoire du nouveau quartier de la Plaine de Droixhe », La Maison, février 1961, p. 60-61.
- Charlier S. et Moor T. (dir.), Guide d'architecture moderne et contemporaine 1895-2014, Liège, Mardaga, 2014, p. 16.
- Courard L. et al., « Histoire des ouvrages religieux en béton en province de Liège : état des lieux et pathologies », 2011.
- Cohen M., « Le Groupe EGAU », Art&fact, n° 29, 2010, p. 83.
- Folcque S., Architecture et archives numériques, problématiques de pérennisation et d'exploitation, à travers l'église des Saints Pierre et Paul à Droixhe, mémoire, Université de Liège, 2015.
- « Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul (Liège) », Wikipédia, consulté le 21 mars 2026.
- Gillard A., Inventaire et analyse de l'état des églises paroissiales en béton dans l'arrondissement de Liège, mémoire, Université de Liège, 2010.